Mis à jour le
24.03.2013

L'épicentre des relations franco-algériennes : Thénia ou Ménerville

Aurait-il fallu les inondations d'Alger et aujourd'hui un terrible séisme, pour qu'on considère les relations franco-algériennes dans le seul aspect qui vaille, c'est-à-dire sociologique et humain avant tout ? La souffrance de populations, jeunes et nombreuses, étrangères, mais habituées malgré la séparation, à vivre avec la France, voire en France, à vivre, et à mourir, pour la France à certaines époques cruciales de l'Histoire, ne peut laisser indifférent.

Il est peut-être l'heure, de part et d'autre de la Méditterranée, pour que, sans prétendre refaire l'Histoire, acceptant l'évolution, mais refusant toute exclusion, soient enfin remisées les rancœurs et les regrets. Le passé est le passé. Gardons-en cependant le meilleur pour nos enfants et petits-enfants. Pour eux, jeunes algériens et jeunes français, ce sera beaucoup, voire indispensable, pour construire cet avenir inéluctablement commun, auquel ils sont destinés sur ces deux terres si proches l'une de l'autre, où leurs origines sont entremêlées.



Au moment de la catastrophe, la photo ci-dessus me revenait par hasard sous les yeux, sans l'avoir recherchée. La coïncidence voulut encore que quelques jours après, je lus que là-même, se situait l'épicentre du dernier séisme. C'est une vue que j'avais prise moi-même dans les années cinquante. C'était alors la ville de Ménerville, débaptisée voici quarante ans, pour être appelée Thénia. Derrière les crêtes, les plages de Rocher-Noir (Boumerdes) et du Figuier. C'était, de 1947 à 1956, le dernier poste de mon père, administrateur des Services Civils, chargé particulièrement du développement agricole. Il y est mort. J'étais étudiant à Alger, puis à Paris. Plus tard, fin 61, je revenais loger à Rocher-Moir, chez Jean Morin, au bord de la plage de mes vingt ans.

Beaucoup de ma génération, au vu de cette photo, y resitueront quelques souvenirs nostalgiques. Mais pour moi, quelle ne fut mon émotion, ces derniers jours, d'entendre dans le reportage télévisé d'une de nos chaînes, une algérienne, pourtant encore jeune, dire qu'il fallait qu'on pense à eux, "les Ménervillois et les Ménervilloises!" Les "Ménervillois", plus de quarante ans après ! Quel message !

Expression spontanée, mais qui traduit bien la réalité sociologique et humaine de l'Algérie, plus forte que l'écriture officielle. C'est la réalité et le langage simples, qu'aux côtés de Nafissa Sid Cara, première femme musulmane d'un gouvernement français, de 1959 à 1962, hélas disparue l'an dernier, j'avais appris à voir et entendre, malgré le fracas des armes et celui des bombes.

Peut-être allons-nous retrouver ce langage pour nos enfants, sans dénier
le présent, sans renier le passé, et surtout, sans nier les évidences
du futur.

[01.06.2003]

Haut de page
Accueil | Qui est Roger Benmebarek ? | Billets d'humeur | Pour la Mémoire ATM | Les Cahiers de la Mémoire | Contact
Conception 2007 - VBDLDESIGN