Mis à jour le
24.03.2013

Nous sommes tous responsables, nous avions tous reçu la météo

Que la canicule ait vraiment accru, en ce mois d'août, le nombre des décès de personnes âgées, on le saura sans doute après une étude sérieuse, loin de ces chiffres lancés à tout vent. Mais aujourd'hui, quel media voudra bien nous inviter à un examen, en conscience, de cet ahurissant déchaînement ? Nous avons tous à nous faire des reproches.

- Enfants et petits-enfants, dispersés sur les plages. Qu'avez-vous fait pour vous inquiéter à temps de la santé de la grand-mère ou arrière grand-mère ? pour l'inciter à se prémunir contre les effets de la grosse chaleur, combien d'entre vous ont téléphoné, envoyé un ami, un voisin, la concierge ?

- Médecins de quartier, médecins de famille, avant de prendre votre repos mérité, avez-vous fait, systématiquement les recommandations nécessaires aux plus vulnérables de votre clientèle ?

- Voisins, habituellement et légitimement si prompts à vous inquiéter de tout mouvement d'ambulance au pied de l'immeuble, avez-vous fait le geste de sonner à la porte de cette vieille personne si discrète et si âgée ?

- Syndics et concierges d'immeubles (quand il y en a), vous devez savoir qui demeure dans l'immeuble déserté par bon nombre de ses habitants. C'est une mesure de sécurité utile dans bien des circonstances (incendie, vol, etc.). Vous avez un rôle essentiel à jouer pour maintenir la convivialité qui fuit notre Société. Alors, fin juillet, un coup de fil, une courte visite ! Il faudrait exiger par la loi, le maintien des concierges d'immeuble, et pourquoi ne pas imaginer à cet effet, des réductions d'impôts locaux. La sécurité et la santé publique justifient pour les communes, un maillage sécuritaire et convivial des quartiers.

- Maires, qui exercez les pouvoirs de la police municipale. Pour assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique, vous avez le devoir de "prévenir par des précautions convenables, les accidents et les fléaux calamiteux", ainsi que les pollutions de toute nature et s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'autorité supérieure. Point n'est besoin d'un arrêté, mais seulement de veiller à la permanence des services sociaux de votre mairie et à des petits gestes pour les plus âgés et les plus isolés de vos concitoyens, gestes qui ne seront pas oubliés.

- M. le Maire de Paris, qui êtes délivré en août, de votre casse-tête automobile, pensez à réserver l'an prochain, des "soirées-fraîcheur" à Paris-Plage aux parisiens, âgés et isolés, qui ont oublié le goût des vacances, s'ils l'ont jamais connu ? Un renfort d'assistance sociale pour nos aînés vaut bien un sacrifice sur le budget de cette opération, coûteuse et inutile tant qu'on ne pourra pas se baigner dans la Seine.

- Préfets, vous avez bien sûr, entre autres charges, tous les devoirs des maires, voire le pouvoir de vous substituer à eux. Par métier, autant que par souci d'être le digne représentant de chacun des ministres et du Premier d'entre eux, dans le département, vous savez bien que vous avez un devoir : celui de prévoir, même les effets de l'imprévisible. Le Préfet se doit d'être "catastrophiste" 24 heures sur 24 ! Comme vous êtes attentif à devancer et prévenir les effets des grands coups de froid, des inondations et autres fléaux, avez-vous pris les précautions essentielles, avant de partir pour vos quelques jours de repos, et confié le soin à votre secrétaire général - la permanence du Service Public - de consulter régulièrement les services régionaux de la Météorologie Nationale ? Je m'en suis toujours très bien trouvé.

- La décentralisation et la déconcentration des services publics ont un objectif de proximité et d'anticipation adaptée au terrain. Normalement, dans notre pays, une personne âgée n'est jamais abandonnée et une catastrophe peut toujours être prévenue. Les Départements sont eux-mêmes responsables du bien-être des personnes dépendantes. Messieurs les Présidents des Conseils Généraux, avez-vous anticipé les effets de la canicule ? Donc, si chacun a fait son devoir : dans les familles, dans les communes, dans les départements, dans les Régions, point n'est besoin de décider le Plan blanc au niveau national ! Point n'est besoin de demander la tête d'un ministre. Nous avons tous reçu les messages de la météo. Ou alors, toute la France était-elle en vacances ?

La polémique actuelle n'a pour effet que d'inquiéter les octogénaires et nonagénaires de bonne foi, sur la vulnérabilité de leur âge. En ce mois d'août, permanents de service dans les Médias et élus de permanence dans les partis politiques, avez-vous conscience du trouble que vous propagez ? Mais, bien sûr, si politique, il y a en tout ça - et sans doute, s'amorce la rentrée "chaude" qui nous avait été promise - alors nous ne sommes plus tous responsables, encore moins solidaires de votre déchaînement.

[19.08.2003]

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