Mis à jour le
24.03.2013

Pour la mémoire : un Préfet au charbon

La fermeture du dernier puits de charbon, ces jours-ci, à Creutzwald, en Moselle, n'a pu manquer de m'émouvoir moi aussi, comme tous ceux qui se sont joints à un hommage mérité. Je crois avoir été le dernier préfet de la Région Lorraine, confronté à un conflit grave avec les mineurs. Dans le bureau du préfet, il doit toujours y avoir un bloc de charbon lorrain. C'est bien. J'y avais ajouté la lampe de mineur, qu'on m'avait offerte à Aubin-Decazeville, en souvenir d'une précédente affectation en pays de charbon.

Le charbon lorrain me rappelle bien sûr que j'avais dû une prise de fonctions quelque peu précipitée en Lorraine - onze jours seulement entre ma nomination en Conseil des ministres et mon installation officielle à Metz - aux graves incidents povoqués par une crise aux Houillères du Bassin de Lorraine.

Aussi, avais-je été heureux d'assister à la signature d'un Pacte Charbonnier, par le ministre de l'Industrie de l'époque, Gérard Longuet, également Président du Conseil Régional. On ne dira jamais assez la part personnelle prise par Gérard Longuet, dans une solution paisible de la fin de l'exploitation charbonnière, en 2005.

Pour ma part, c'est à l'automne de 1995 que devait se présenter une nouvelle situation difficile. Les durs affrontements qui se déroulèrent alors - entre les forces de l'ordre, usant un gaz lacrymogène, et des mineurs munis de boulons et de barres de fer ("des coupe-jarrets") - ne m'empêchent nullement de rendre hommage à la plupart des syndicalistes que j'eus alors en face de moi. Même durement, ils remplissaient leur rôle de défense des intérêts des mineurs, dans des rapports difficiles avec une direction des Charbonnages de France peu conciliante et lointaine, voire hautaine, dans ses bureaux de Rueil-Malmaison.

Chargé de l'ordre public, dans des circonstances qui firent la une de la presse plusieurs jours durant, je me souviens avoir obtenu, avec le courageux sous-préfet de Forbach, Bernard Le Menn, la cessation des affrontements par un communiqué lancé soudain au plus fort des heurts et appelant au dialogue, en exigeant la présence à mes côtés, sur un terrain neutre (la sous-préfecture de Boulay), du député Pierre Lang, que les mineurs retenaient depuis plusieurs heures, dans des galeries de Freyming-Merlebach, et dont s'inquiétait l'Assemblée Nationale.

Je retiens surtout :

- avoir imposé aux CDF, et obtenu, que la reprise du dialogue ait lieu, avec ma médiation personnelle, entre des représentants des Charbonnages et tous les syndicats, au siège-même de la Préfecture de Région, et non à Rueil, ce qui ne sétait jamais vu dans les annales des conflits charbonniers.

- avoir amorcé l'adjonction d'un second volet social au Pacte Charbonnier, en offrant d'y injecter à cet effet un financement sur fonds européens. Il fallait tirer les conséquences du fait que les Houillères restaient cantonnées dans une approche traditionnelle des problèmes sociaux, lesquels ne prenaient pas en compte le fait que le nombre d'enfants des mineurs de Merlebach, logés gratuitement sur place, par les Houillères, poursuivaient des études au-delà du bac et à Metz, et que, par ailleurs, si on assurait la formation des garçons pour descendre dans la mine, rien n'était assuré pour d'autres métiers et rien pour les filles. Je suggérai d'ailleurs la construction par les HBL, d'une résidence d'étudiants à Metz et la gratuité du péage entre Saint-Avold et Metz, ce qui fut réalisé par le Conseil Général.

- avoir ainsi compensé la nécessaire et exemplaire réaction des forces de l'ordre, par un souci d'apaisement et de règlement humain de la crise, non sans avoir surpris la culture ancienne des protagonistes des conflits sociaux, les charbonnages et les syndicats. Les habitudes de ces derniers dans leur relation avec l'Etat s'étaient déjà trouvées prises en défaut lorsque j'avais voulu les faire participer à l'élaboration d'un plan de développement futur pour le Bassin Minier, le SIDES, Schéma Intégré de Développement Economique et Social. La construction de la Smart en est devenu un fleuron, et ma position favorable à une autoroute A32, à l'Est de Metz, confortait cette vision de l'avenir lorrain.

2005 arrive et, aujourd'hui, le charbon n'est plus lorrain. Bien sûr, je m'apitoie sur des images qui sont semblables à celles de Germinal, mais je souhaite plus encore, que les nouveaux responsables régionaux se souviennent que si la force et le dialogue peuvent toujours faires respecter la loi, seule l'anticipation permet de respecter l'avenir, comme Gérard Longuet et moi-même l'avons fait dans les années 94 et 95.

[27.04.2004]

Haut de page
Accueil | Qui est Roger Benmebarek ? | Billets d'humeur | Pour la Mémoire ATM | Les Cahiers de la Mémoire | Contact
Conception 2007 - VBDLDESIGN