Mis à jour le
24.03.2013

La Fondation pour l'exacte mémoire

J'avais prévenu les visiteurs de mon site personnel, www.rogerbk.com, que je les informerai de l'avancée de la mission que le Premier ministre m'a confiée le 16 décembre dernier. Après un long silence de plus de six mois, tel est l'objet de ce billet.

Celui-ci ne dévoilera pourtant pas la teneur de ce rapport de préfiguration de la Fondation pour la Mémoire de la guerre d'Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc. A cela, deux raisons : d'une part, il ne m'appartient pas de révéler les termes d'un tel document que seul le Premier ministre pourra rendre public, s'il le souhaite, au moment qu'il choisira pour le faire ; d'autre part, ce rapport doit être complété.

J'ai souhaité qu'on diffère la remise de sa première phase, car il m'apparaît plus judicieux de préciser auparavant les conditions juridiques et matérielles qui donneront à la Fondation sa pleine expression. Autrement ce rapport alimenterait sans y mettre fin, des débats, auxquels je veux rester étranger, tant que n'est pas compris combien la Fondation sera le seul moyen admissible par tous, dans notre pays, de traiter de notre mémoire.

L'EXACTE MEMOIRE, tel est le nom que j'aimerais voir retenir pour la future fondation. Au cours de six mois de réflexion et d'entretiens, il m'est apparu que plus d'exactitude dans la publication des témoignages et l'écriture de l'Histoire était indispensable à l'apaisement des mémoires.

J'ai aussi constaté que les faits de guerre étaient moins au centre des mémoires que ce qui les avait précédés et provoqués. Aujourd'hui, le plus important est de comprendre. J'en conclus que notre mémoire ne peut se fixer sur le pire sans montrer que ce pire était évitable et qu'une mémoire exacte permettra à l'avenir d'échapper au poids d'un passé incompris.

Mon espoir est donc que la "fondation pour l'exacte mémoire" apporte la sérénité dans des débats qui ne font que souligner ce que nous savons déjà : il n'y a pas une seule mémoire, mais des mémoires et ces mémoires sont irréductibles. Elles rejettent toute mémoire instrumentalisée, c'est-à-dire "la mémoire unique", et, sans unanimité, elles rendent vaine toute mémoire officielle, que celle-ci soit condamnation, glorification du passé ou repentir.

La vraie mémoire des peuples est la tradition de génération en génération de souvenirs et de sentiments plus subtils que toutes les archives du monde. La mémoire affective et culturelle est une source naturelle de l'Histoire et sans cette mémoire, l'écriture de l'Histoire reste imparfaite.

Dans le cas qui nous occupe, une mémoire culturelle se brasse depuis des siècles, autour de "notre" mer Méditerranée. Si elle a été perdue, la Fondation devrait nous permettre de la retrouver malgré la guerre et les combats, et les futures générations devraient s'en inspirer très naturellement.

C'est dans la perspective de ce pari difficile, mais raisonnable, que se poursuit l'élaboration de mon rapport au Premier ministre, afin que par sa structure et ses moyens, la Fondation ouvre la voie à l'apaisement des mémoires, comme d'autres pays qui tentent la même démarche. Il est cependant essentiel dans notre pays, que "la Fondation pour l'exacte Mémoire" soit conforme à l'originalité de ses mémoires.

[30.07.2005]

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